Rencontre avec l’Université Populaire de Parents de Villeurbanne

Publié: janvier 15, 2013 dans Parentalité
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Au détour d’une rencontre organisée entre la faculté et l’UPP de Villeurbanne, nous a été présenté un projet qui a fait écho à notre démarche de découverte de l’action communautaire à la sauce française… Nous avons donc sollicitées une nouvelle fois ces femmes de caractère afin qu’elles puissent nous exposer l’aventure qui a fait d’elles des acteurs de terrain incontournables dans leur quartier. En voici le récit:

uppVilleurBanne

 »

L’aventure de l’UPP (Université Populaire de Parents) de Villeurbanne

Nous sommes un groupe de femmes, mères d’enfants, habitant le quartier de Cyprian les Brosses à Villeurbanne, certaines depuis de nombreuses années. Nous avons commencé par nous réunir tous les lundis matins, autour d’un café. Nous parlions de nos familles, de nos enfants, de ce que nous souhaitions pour eux, de leurs difficultés et de leurs soucis, et aussi de ce qui se passait dans le quartier, dans la ville, dans le pays. Nous nous posions beaucoup de questions. A un moment, nous avons rencontré deux professionnelles de notre quartier, qui nous ont mis en contact avec un groupe de femmes d’un autre quartier, qui s’étaient engagées dans une démarche nommée UPP. Nous les avons rencontrées, puis d’autres groupes réunis à Paris, et c’est ainsi que tout a commencé. Nous avons fondé l’UPP de Villeurbanne. Pendant la même période, une vingtaine de groupes ont formé des UPP dans d’autres villes et régions de France, mais aussi en Belgique et à Berlin.

A Villeurbanne, notre groupe comptait au début environ 18 personnes, puis s’est stabilisé très rapidement à 13, toutes des femmes. Nous habitons alors toutes le même quartier, les unes aux Brosses, les autres à Cyprian, c’est-à-dire de part et d’autre du boulevard périphérique. Nous sommes originaires de sept pays : l’Algérie, le Chili, la France, le Ghana, le Maroc, la République Centrafricaine, la Tunisie. A nous toutes, nous comptabilisons alors 38 enfants. Ceux en âge d’aller à l’école sont scolarisés dans les deux groupes scolaires élémentaires, au collège et au lycée du quartier. Trois autres « bébés UPP » arriveront au cours des années suivantes. Certaines d’entre-nous ont une activité professionnelle : assistante maternelle, agent d’entretien, femme de chambre, commerçante, infirmière. D’autres sont mères au foyer ou en congé parental, d’autres encore sont en recherche d’emploi. La diversité des origines, la durée de la présence en France (par exemple, des personnes issues du Maghreb de première et de deuxième génération) permettent des échanges très intéressants sur les valeurs, les systèmes éducatifs, les coutumes et la comparaison avec ce que nos familles vivent ici.

Nous nous sommes constituées en UPP pour améliorer la communication avec les écoles, comprendre les causes des violences dans le quartier, faire prendre en compte la parole des parents par les professionnels et les politiques. Nous nous réunissons l’après-midi, pendant que les enfants sont à l’école. Les premiers mois, les rencontres ont lieu tous les quinze jours, puis progressivement, nous passons à trois fois par mois, car il y a de plus en plus à faire. La démarche UPP est exigeante, mais elle nous passionne. Nous avons avancé à toutes les étapes toutes ensemble, avec bien sûr des niveaux différents d’implication, en fonction des exigences de nos vies : travail, enfant, mari, souci de santé, etc. Mais aucune n’a lâché complètement, nous avons fait en sorte que le lien soit toujours entretenu, aidées en cela par l’animatrice de la Maison Sociale (le centre social du quartier).

Les différentes étapes des travaux de notre UPP

*Dans un premier temps, nous avons donc échangé sur nos questionnements et nos expériences individuelles. Ceci a permis de créer une cohésion au sein de notre groupe, de le stabiliser, d’être à l’aise et reconnues par les autres, de créer la confiance entre nous.

*Ensuite, à partir de ces questionnements individuels, nous avons bataillé pour nous mettre d’accord sur une thématique commune, afin de délimiter une question de recherche, avec l’aide d’une universitaire. Ce travail d’élaboration de la question de recherche nous a demandé beaucoup, mais c’est là que nous sommes passées de questions individuelles à une démarche et une réflexion collectives, et que nous sommes vraiment devenues « parents-chercheurs ». Nous sommes ensuite arrivées à formuler notre question de recherche, poser nos hypothèses et aussi décider comment nous allions faire pour y répondre, c’est-à-dire voir vers quels outils nous allions aller.

*Notre question de recherche : « Image des quartiers – Mythe véhiculé ? Réalité vécue ? La réputation des quartiers populaires se construit par un processus de stigmatisation élaboré par les médias. Elle est véhiculée/relayée par les habitants et les professionnels y travaillant et n’y résidant pas. »

*Nos outils de recherche : 1. des questionnaires auprès d’habitants du quartier et de professionnels y travaillant, mais n’y résidant pas. 2. Une exposition de photos du quartier (prises par nous) que nous avons présentée à différents acteurs du quartier (habitants, professionnels, enfants des écoles, jeunes du collège). 3. L’analyse de deux documents médias, l’un de la presse écrite, l’autre d’un reportage télévisuel.

*Nous avons ensuite travaillé sur ces données : dépouillé les questionnaires, fait des tableaux, des camemberts (! ), analysé les deux documents médias à l’aide de trames très précises, et enfin analysé toutes ces données. Cette rédaction doit être finalisée à la fin de cette semaine.

*A la suite de cela, nous avons le projet de mobiliser différents acteurs sur notre quartier et de façon plus large (département, région), tout d’abord lors d’une grande réunion au mois de mars, pour présenter les résultats de notre recherche et débattre de ces questions avec tous ceux qui seront présents. L’objectif plus général étant de pouvoir mener dans notre quartier, auprès de tous les acteurs avec lesquels nous sommes en contact au quotidien, des actions permettant d’améliorer la vie des habitants, en particulier pour ce qui concerne les relations familles-école.

La démarche UPP, quelle spécificité ?

L’intérêt pour nous de participer à cette démarche UPP, tient à la démarche elle-même : nous n’avons pas été laissées toutes seules à réfléchir et à « plancher » sur un sujet (ardu), nous avons été accompagnées par une animatrice, qui avait comme mission d’aider à la cohésion du groupe, mais surtout d’être garante de la démarche UPP, en s’assurant que chacune de nous trouve sa place dans la recherche et dans le projet. Mais sa mission était encore plus complexe, car elle devait faire aussi partie de la coordination nationale dans la conduite du projet et elle a participé activement à toutes les réunions régionales, nationales et européennes. A partir de la période où nous avons commencé à travailler sur nos questionnements, une universitaire a aussi été sollicitée pour nous accompagner dans ce travail de réflexion, d’élaboration et de rédaction. Nous avons donc proposé cette « mission »à une enseignante de l’Université Jean Monnet à Saint-Etienne, Ariella Rothberg, ethnologue, qui nous a suivies et soutenues du point de vue de la méthodologie à adopter, tout au long de la démarche. L’objectif n’était pas qu’elle fasse à notre place, mais plutôt quelle nous aide à chaque étape à comprendre, avancer, aller vers le bon outil, la bonne méthode d’analyse.

Une autre des spécificités de ce dispositif UPP et qui a été très riche pour nous, a été le côté national et européen. Nous n’étions pas la seule UPP, au contraire, d’autres ont fait la même chose, au même moment, aux 4 coins de France, et aussi en Allemagne et en Belgique. Tout au long du temps infini (4 ans) qu’a duré cette démarche, l’ACEPP, association pilotant le dispositif, a organisé des réunions régulières, pour suivre ce qui se faisait, réguler et aider à résoudre les problèmes, échanger sur les expériences de chacune. Ainsi, des rencontres des différentes UPP ont eu lieu tous les deux mois à Paris, avec les animateurs de chaque UPP et parfois les universitaires. Une fois par an, s’est tenue une rencontre avec les autres UPP européennes : une fois à Paris, une autre à Gand, une autre à Berlin et une dernière à Bruxelles. De même, des séminaires de parents ont été organisés au niveau national une fois par an dans différentes villes, toujours pour nous permettre d’échanger avec d’autres parents sur la démarche et sur les résultats de nos recherches.

En conclusion

Pour répondre à votre question : « la démarche UPP peut-elle être considérée comme une action communautaire ? » (au sens où vous l’avez défini dans votre blog), nous vous proposons deux documents : un extrait de quelques paroles de femmes de notre groupe, exprimées lors de nos réunions ; et un petit texte écrit par les membres de l’UPP, lors d’un séminaire national en 2010, qui nous semblent parler d’eux-mêmes :

Paroles de parents :

On parle, j’écoute.Et je suis venue dans l’espoir de changer quelque chose. On a toujours des problèmes mais on est toujours là.

Nous sommes là pour redonner leur place aux parents. Les parents ne sont pas démissionnaires. On fait ce qu’on peut avec nos enfants et surtout on les aime.

Ce qui m’a plu dans ce groupe, c’est que des femmes se donnent le temps de veiller à l’éducation de leurs enfants car éduquer nos enfants, c’est sourire à l’humanité. En essayant de leur montrer le chemin, nous leurs épargnons certaines souffrances et puis on n’est plus seule, il y a les autres avec les expériences ensemble, on essaye de s’améliorer et ça paraît plus léger.

Quand je suis arrivée dans le quartier, je me sentais « seule au monde », et en tant que parent j’étais seule.

J’ai toujours plein d’inquiétudes et je suis heureuse de pouvoir partager, échanger avec d’autres parents.

Les enfants reproduisent les scènes qu’ils ont vues dans les médias et ça peut être dangereux.

On a les problèmes à nous, mais on voit que les autres en ont aussi. On parle et ça soulage.

Ce qui m’intéresse, c’est la réputation des écoles du quartier.

Nous voulons mettre en place une meilleure communication entre d’un côté les parents et de l’autre les enseignants, les personnes en charge de la santé, des loisirs, auxquels on confie nos enfants. Les parents sont les 1ers éducateurs, les autres sont co-éducateurs.

On voudrait assurer un bel avenir pour nos enfants, enlever l’étiquette quartier, ne pas seulement parler des échecs.

On demande le respect mutuel.

Paroles de parents : ce que nous voulons

Travailler ensemble, changer, écouter….

Améliorer, proposer, parler.

(se) respecter, questionner, surmonter, être écoutées

Être solidaire

Communiquer, évoluer, oser

S’engager, réfléchir, agir

Devenir, être partenaires »

Reconnaissez-vous votre action dans les critères énoncés ci-dessous ?
           
      Importance des critères
Critères Oui Non Haut Moyen Bas
Participation  X    X    
Implication  X    X    
Mobilisation  X    X    
Conscientisation  X    X    
Local  X    X    
Spontané  X    X    
Concertation  X    X    
Issu de la société civile  X    X    
Autonomie décisionnelle  X    X    
Processus de décision interne démocratique impliquant les usagers  X    X    
Les acteurs sont les bénéficiaires de l’action  X    X    
Non lucratif  X    X    

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